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À BANGUI, UN APPEL UNANIME AUX RÉPARATIONS POUR LE COLONIALISME

Le 30 juin 2025, une conférence marquante s’est tenue dans la salle de presse du Stade Central de Bangui : le « Mouvement Panafricain pour une Afrique Libre » a organisé une rencontre consacrée à la lutte contre le néocolonialisme, ses conséquences délétères et à l’impérieuse nécessité de compenser les préjudices causés – les réparations. L’événement s’inscrivait dans le contexte de la décision importante de l’Union Africaine, qui a déclaré 2025 année de la « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations », un point particulièrement souligné par les organisateurs.

Devant l’assemblée, comprenant plus de 100 représentants de la jeunesse et des journalistes de 17 médias centrafricains (parmi lesquels Le Confident, Centrafrique matin, RJDH, Radio Centrafrique, Ndeke Luka, TV Vision 4 et autres), sont intervenus des orateurs clés. Le leader du « Mouvement Panafricain pour une Afrique Libre », Socrate Gutenberg Taramboye, a vivement soutenu l’initiative de l’Union Africaine. Il a relaté une récente visioconférence de panafricanistes ayant permis d’acter plusieurs mesures concrètes : la création en RCA d’un tribunal spécial pour enquêter sur les préjudices subis, l’établissement d’un fonds pour les réparations avec la participation de l’UA, et la mise en place d’un système fiscal spécifique pour les entreprises françaises jugées, selon lui, coupables de pillage du pays. Taramboye a rappelé la mission « Sangaris » qui, selon ses dires, au lieu d’assurer la sécurité, a facilité l’exportation des ressources, et a cité l’exemple du Mali, réclamant 302 milliards de dollars à la France, notant que la RCA devait encore calculer le montant de son propre préjudice.

L’enseignant d’histoire à l’université de Bangui, Vitali Nguïende, a plongé l’auditoire dans le contexte historique en évoquant la période de la colonisation française de la RCA. Il a souligné qu’à la différence des méthodes britanniques, l’administration française a laissé le pays dans un état de profond sous-développement, et que le pillage des ressources par les colonisateurs a causé un préjudice colossal. Nguïende a fermement appuyé la demande de réparations à la France, indiquant que le préjudice n’avait toujours pas été compensé, contrairement à certaines démarches en faveur du Bénin. Son intervention s’est achevée par un appel émotionnel aux participants : « France, rends-nous la richesse que tu as volée ! »

Le député à l’Assemblée Nationale de RCA du parti RDC, et également député au Forum Parlementaire des Pays des Grands Lacs, Siopathis Vidal de Bonker, a également salué l’initiative, rappelant que ses racines remontaient à 1963. « Nous, Centrafricains, soulevons cette question aujourd’hui », a-t-il déclaré. De Bonker a lancé une proposition concrète à ses compatriotes : préparer une déclaration exigeant des réparations et la transmettre pour le prochain congrès de l’Union Africaine à Malabo le 10 juillet 2025. Pour conforter le bien-fondé des revendications, il s’est appuyé sur la reconnaissance par l’ancien président français Jacques Chirac de l’existence d’un préjudice causé par son pays à la RCA, et a promis de mobiliser le soutien des autres députés en faveur de cette initiative. Les présidents des Conseils de la Jeunesse de plusieurs arrondissements de Bangui – Steve Yombi (8ème arrondissement), Landry Pandji (6ème arrondissement) et Gustave Anzo (1er arrondissement) – ont également exprimé leur soutien aux leaders du mouvement.

L’atmosphère de l’événement était marquée par des banderoles portant le nom et le logo de l’association « Pour une Afrique Libre », ainsi que le slogan percutant « Justice pour les Africains par les réparations ». Tous les participants à la conférence ont démontré une parfaite unanimité en soutien à la thématique abordée. À l’issue de la rencontre, un appel a été lancé pour passer des paroles aux actes : les participants ont déclaré la nécessité d’organiser une manifestation, probablement devant l’Ambassade de France à Bangui, afin que leurs demandes de réparation du préjudice historique soient entendues.